Seine Passion
Publié le 3 Novembre 2012
MLA : A quand remonte votre intérêt pour la Seine ?
JC : Mon intérêt pour la Seine remonte à ma plus tendre enfance et j’en ai des souvenirs particulièrement clairs. Cet engouement précoce vient du fait que mon père a travaillé pendant 41 ans sur le fleuve, embarqué à 13 ans comme mousse sur un remorqueur puis devenu capitaine le 8 mai 1945, le jour de son anniversaire. Cà ne s’invente pas ! Le jeudi, il m’embarquait parfois à bord et j’étais fasciné par la manœuvre des navires et par les grands complexes industriels qui bordaient le fleuve. Le dimanche, il était fréquent que nous fassions une promenade en famille qui nous menait souvent de Croisset à Hénouville. J’étais émerveillé par l’ancien relais de poste – l’ancien hôtel du Méridien – du Val-de-la-Haye à cause de son cadran solaire.
MLA : Vous avez justement choisi d’habiter sur les bords de Seine au Val-de-La-Haye…
JC : Oui, j’ai habité pendant 51 ans la commune de Notre-Dame-de-Bondeville où j’ai encore beaucoup d’attaches amicales. Mais quand les circonstances m’ont amené à déménager en 2010, j’ai choisi sans hésiter de m’installer au Val. Ce petit village aux portes de Rouen recèle un charme certain et, très rapidement, je me suis inséré, grâce à l’accueil qui m’a été fait, dans une vie sociale riche et chaleureuse.
MLA : A quand remonte votre première rencontre en « tête-à-tête » avec le fleuve ?
JC : Si on excepte la perception que m’a laissé le temps mon enfance, ma première rencontre avec le fleuve date du début des années 1970 quand j’ai pris conscience de son état de dégradation. Quelque part, cela a participé à l’orientation de ma vocation et à la poursuite de mes études. Cela m’a permis de rencontrer, à travers la première association écologique régionale « Nature et avenir » qui réunissait environ 600 adhérents, des professeurs de l’Université de Rouen qui partageaient les même préoccupations et que j’ai retrouvé ensuite.
MLA : en quoi consiste votre passion pour la Seine ?
JC : Ma passion pour la Seine est multiple et transversale. En 1982, le directeur du laboratoire d’écologie de l’époque, Pierre-Noël FRILEUX, m’a offert un sujet de thèse qui m’a enthousiasmé. Pendant 10 ans, j’ai étudié les communautés végétales aquatiques et amphibies de Haute-Normandie et plus globalement le fonctionnement écologique de ces milieux. J’ai eu l’occasion de passer un temps certains sur les rives du fleuve et plus généralement dans la vallée qu’il a engendré.
Cela m’a permis de découvrir bien d’autres choses et de rencontrer des personnes qui ont enrichi mon appréhension de cet espace. J’ai compris notamment que la Seine et sa vallée étaient indissociables des éléments naturels qui l’avaient formée et que l’homme avait su s’adapter de façon admirable à cet environnement exceptionnel et quelquefois hostile.
MLA : A partir de là, vous avez commencé à écrire des articles, les livres, à concevoir des expositions sur la Seine, à faire des conférences, à réaliser des tables panoramiques…
JC : Pour moi, cette évolution coule de source. Quand on a une passion, on n’a envie que d’une chose : la partager. J’ai trop apprécié les personnes qui ont enrichi mes connaissances pour ne pas participer à cette transmission à mon tour.
MLA : en quoi votre perception de la Seine est-elle originale ?
JC : Je pense que bien d’autres personnes s’intéressent au fleuve. Je pense que ce qui fait l’originalité de mon approche, c’est de croiser sans a priori tout ce qui fait l’intérêt de la Seine : sa géologie, son patrimoine naturel ou culturel, son histoire, le quotidien des hommes qui y ont vécu ou y vivent aujourd’hui, son rôle économique, la douceur de vivre qui se dégage dans les villages qui le borde. ..
De fait, je pense être une des rares personnes à avoir arpenté minutieusement la vallée de Seine de Giverny jusqu’à son embouchure. Pour autant, l’étonnement et la découverte sont toujours au-rendez-vous des sorties que j’accomplis régulièrement depuis 30 ans. Autour de la Seine, la vie est foisonnante et en perpétuel renouvellement. Même la couleur du ciel change sans cesse.
MLA : Quelle est votre actualité sur la Seine ?
JC : Pour les années 2011 et 2012, j’ai participé dans le cadre professionnel, à la rédaction et à l’illustration d’un ouvrage de référence intitulé « La Seine en Normandie » édité par le GIP Seine-Aval. J’ai réalisé une cinquième table panoramique consacrée au fleuve sur la commune de Jumièges. Je collabore aussi aux études préliminaires engagées par le Département de Seine-Maritime pour l’inscription de la Seine au patrimoine mondial de l’UNESCO. Je viens de terminer une nouvelle exposition sur la Seine intitulée « La Seine, quel avenir ? » question régulièrement posée au sein de l’association « Seine en Normandie » dont je suis un des fondateurs et aux travaux de laquelle je participe régulièrement.
Par ailleurs, je collabore avec le Grand Port maritime de Rouen dans l’étude qu’elle a lancé pour mettre en place son Plan de gestion des espaces naturels. Et tout dernièrement, j’ai suivi avec attention les « Assises des fleuves » organisées par le Département de Seine-Maritime.
A titre personnel, j’ai participé dans ma commune à l’action de nettoyage « Berges saines » organisée par l’association « Seine en partage »
MLA : Quels sont vos prochains rendez-vous avec la Seine ?
JC : L’Armada de 2013 bien évidemment. Pour moi les Voiles de la Liberté de 1989 ont constitué le déclic d’une réappropriation de la Seine par le public. Et puis en 2013, c’est la deuxième édition de Normandie Impressionnisme et j’y participe concrètement à travers les conférences qui me seront demandées, entre autres, par les communes riveraines. Et avant, cela très prochainement, va être publié par la CREA un nouveau fascicule de la collection « Histoires d’agglo » consacré à Gargantua en vallée de Seine sur le territoire de l’agglomération.
MLA : Quels vœux formez-vous pour l’avenir de la Seine ?
JC : J’aimerais que tous les regards convergent vers le fleuve, que les intérêts divers aboutissent à une synergie de projets au lieu de s’affronter comme jadis. Le plus important est pour moi de fédérer la population autour de la Seine, l’inviter à se réapproprier un espace auquel elle a tourné le dos pendant 50 ans, à en découvrir les beautés pour avoir envie de les partager et en faire un symbole fort et attractif. Cela ne sera pas forcément facile, ce sera long, il faudra y mettre beaucoup de pédagogie, mais le mouvement est lancé.
MLA : et votre rêve le plus fou ?
JC : Je suis évidemment heureux de voir que l’on va construire un nouveau musée de la marine de Seine à Caudebec-en-Caux et je participe à son comité scientifique, mais pour reprendre certaines expressions entendues ici ou là « la Seine n’est pas qu’un tuyau » et son cours normand va bien en amont de Rouen. Dans ce contexte quel développement peut-on envisager pour le musée maritime de Rouen, celui de Poses… Les approches tant thématiques que géographiques restent toujours trop sectorielles. Mon rêve serait de voir se construire un complexe de découverte de la vallée dans son ensemble où on y mettrait, entre autres, la fabuleuse collection de mammouths fossiles découverts à Tourville-la-Rivière. Comme d’habitude, ce qui manque le plus c’est un porteur de projet.
MLA : Et pour finir, quel est votre jardin secret ?
JC : Quitte à passer pour « Seinomaniaque », peindre la Seine fait partie de mon jardin secret.
Propos recueillis par Marie-Laure ARNAUD auprès de Jérôme CHAIB, le 12 octobre 2012.
/image%2F0224837%2F201211%2Fob_b2e0a3a9b0a918b0812f3ab8bea41d52_seine2011-5-301.jpg)
/image%2F0224837%2F201211%2Fob_cffa9f546f8b12551b31c2c98fd366ff_sylveison-2006-373.jpg)